Note d’intention d’Ilka Schönbein

« Eh bien, dansez maintenant! » dit la fourmi à la cigale, qui dans sa détresse la supplie de lui
donner une miette de pain .
Et alors, la petite cigale danse. Peut-être qu’avec sa danse elle pourra adoucir le coeur de la fourmi. Elle danse sur
une jambe, elle danse sur les mains, elle danse sur la tête. Elle danse pour sa vie, elle danse avec la mort. Elle
danse la danse de toute créature. La danse de l’existence. Chacun, chacune la danse à sa manière, de la meilleure
manière imaginable. Avec toute la beauté et la créativité qu’il ou elle possède. Pour plaire à celui, celle ou ceux
dont notre être ou non-être au monde dépend. Pour qu’on nous laisse vivre. Nous – créatures, nous – qui avons été créés.

En tout cas, un petit moment – ou une éternité, une petite éternité –
– encore un été – supplie la cigale
– encore une journée – pense l’éphémère
– encore une petite année – implore la petite vieille
Créature et créatrice à la fois, je veux encore une fois faire danser mes créations, pour moi, leur créatrice qui leur
donne vie. Et pour vous, cher public, en espérant que vous vouliez leur donner du travail, du pain – et votre
amour. Chacune de ces créatures essaiera à sa manière de toucher votre coeur avec sa détresse et son art.

– La petite cigale surprise par un hiver dur alors qu’elle chantait.
– Le poisson frétillant dans son filet.
– L’araignée chassée de tous les coins et recoins, offrant pourtant un si bon voisinage aux êtres humains.
Mais aussi la petite vieille, qui veut nous rappeler avec sa fragilité grâcieuse que nous sommes déjà ici-bas les
citoyens de deux mondes.
Elles toutes – et qui sait d’autres encore – danseront pour leur vie sur ces planches qui sont tout pour elles: la
scène c’est le monde. Elles danseront pour votre miséricorde.
Pour exister…encore une fois. encore un moment, encore une petite éternité…encore… encore … encore

 

Ilka Schönbein – Septembre 2016